Discours - Vœux 2020

    Discours - Vœux 2020

    Discours de M. le Directeur Général Provincial, Patrick MÉLIS, à l'occasion de la cérémonie des voeux de 2020.

     

    "Je suis très heureux d’être parmi vous à l’occasion de la cérémonie de vœux de cette nouvelle année 2020.

    Cette manifestation traduit notre reconnaissance et notre gratitude à l’égard du travail quotidien que vous accomplissez en faveur des citoyens hainuyers et de notre institution.

    Tous les discours précédents avaient un fil conducteur.

    La rumeur, le bonheur, le temps, le silence, les lieux communs, la gouvernance, la communication ou encore à l’avenir de l’institution…

    Aujourd’hui,

    J’éviterai une intervention sur le réchauffement climatique – même si cet enjeu doit nous préoccuper au plus haut point.

    Je ne vous parlerai pas du développement durable, de la responsabilité sociétale ou encore des récentes déclarations de politiques régionales et communautaires.

    J’éluderai cette crise politique fédérale qui s’enlise, nous plongeant dans la perplexité.

    J’ai choisi de vous parler de la madeleine de Proust.

    Est qualifiée de « madeleine » de Proust,

    Tout élément déclencheur d’un souvenir vague et involontaire.

    Un personnage, un objet, par exemple, peut faire revenir un souvenir à la mémoire.

    Rassurez-vous, je ne vais pas relater mon autobiographie,

    Surtout pas.

    Alors allons-y.

    Plongeons-nous un instant dans la boîte à Madeleine.

    Madeleine, c’était la tenancière d’un bistrot à Enghien

    Où avec les copains de secondaire,

    Poésie ou rétho comme on disait à l’époque,

    Nous allions prendre un pot et jouer au kicker.

    Madeleine, fort sympathique, nous faisait des réductions sur le tarif des boissons.

    Elle nous demandait aussi ce que nous avions appris à l’Athénée au cours du jour.

    Sans doute, pour se donner bonne conscience !

    Cours de chimie.

    Madeleine prend les allures de Marie Curie ou Maria Sklodowska, née à Varsovie en 1867.

    Ce qui nous avait marqué, ce n’était pas tellement les découvertes scientifiques dans le domaine de l’uranium et inventions des premiers appareils à radiographier, mais deux faits :

    Sa relation amoureuse avec Pierre et le climat antiféministe et xénophobe du début du vingtième siècle.

    Marie fut salie par la presse qui la traita de Polonaise venant briser un bon ménage français.

    Elle deviendra pourtant la première enseignante à la Sorbonne et obtiendra, en son nom propre, un prix Nobel de chimie en 1911.

    Et le cours de français en rétho :

    Dissertation et résumés de livres, toujours écrits en dernière minute !

    Madeleine avait des airs de Marguerite Yourcenar.

    Marguerite, de son vrai nom Cleenewerck de Crayencour, fut la première femme élue à l’Académie française en 1980.

    Elle était un intelectuelle remarquable,

    Tour à tour romancière

    Poétesse, essayiste, nouvelliste,…

    En 1929, elle publia son premier roman : Alexis.

    Elle y racontait la vie d’un musicien renommé qui confie à son épouse son homosexualité et sa décision de la quitter dans un souci de vérité et de franchise.

    Margueritte était bisexuelle et nombre de ses écrits avait pour thème l’amour.

    ***

    Changeons de sujet : la musique.

    Chez Madeleine, le jukebox était gratuit pour nous.

    Rollings Stones, Beatles, Doors, Claude François, Sylvie Vartan et bien d’autres encore

    Mais surtout les débuts du groupe mythique QUEEN, formé par Freddie Mercury.

    Le quatuor est considéré, par son influence, comme l’un des plus grands groupes de rock.

    Les concerts de QUEEN ont toujours eu une dimension avant-gardiste.

    Leur créativité musicale et technique allait de pair avec leur engagement pour les causes planétaires : paix, lutte contre la ségrégation, concerts caritatifs.

    En 1991, le leader du groupe, Freddie, est décédé de façon prématurée, atteint par le virus du sida… au cœur d’une nouvelle tourmente homophobe.

    Une autre musique me trotte dans la tête : celle de Beethoven.

    Envoutante et malaisante quand elle rythme l’ouvre de Stanley Kubrick, Orange mécanique.

    La grand cinéaste dénonçait avec force l’ultra-violence et l’assujettissement des femmes.

    Il annonçait une société déshumanisée et nihiliste…

    Celle-là même qui se manifeste à nos yeux.

    ***

    Un dernier souvenir est une image jaunie de tournesols dans un vase.

    L’ouvre de Vincent Van Gogh me revient à l’esprit.

    Des originaux,

    J’en ai vu à plusieurs reprises : ils ne m’ont jamais laissé insensible.

    Au cours de sa vie, Vincent a souffert d’instabilité mentale. C’était un perfectionniste.

    Sa peinture était le fruit de travail long, minutieux et acharné.

    Son art a évolué au cours de sa carrière.

    Il a su s’adapter régulièrement à son environnement, à de nouvelles techniques et à des théories en rupture avec le passé.

    Faut-il rappeler son passage dans le Borinage ?

    Il y était prédicateur et a lutté contre la misère ou l’exploitation des mineurs et de leurs familles, allant au bout de ses convictions progressistes.

    Je n’en serai pas plus long.

     

    Chers tous,

    Vous l’aurez compris qu’au travers de ces exemples de célébrités du passé,

    Et de souvenirs personnels,

    Ce sont des valeurs intemporelles et universelles que j’ai voulu illustrer, vous rappeler.

    Le courage, la persévérance et l’idéalisme de Marie ;

    Le sens critique, la vérité et l’amour chez Margueritte ;

    La créativité et l’engagement de Queen ;

    La douce folie, la perfection et l’adaptation chez Vincent.

    En un trait commun à tous : l’envie de dépasser la médiocrité ambiante.

    Ces quelques valeurs relèvent d’un choix partial, certes.

    Mais elles se posent en remparts contre les messages haineux que portent aujourd’hui plus que jamais,

    Les xénophobes,

    Les homophobes,

    Les intolérants, les racistes, les sectaires, les va-t-en-guerre,

    Les sans foi ni loi…

    Ces ennemis de notre « vivre ensemble » son hélas à nos portes.

    Pire : ils sont au cœur de notre système.

    Nous devons le constater avec effroi.

    Le constater mais aussi agir.

    Les valeurs sont la face noble de notre humanité.

    En leur nom, gardons confiance dans l’avenir.

    Les difficultés et les défis seront multiples en 2020.

    Abordons-les, ensemble, avec la force du dialogue et la volonté du courage.

    Déployons notre capacité à affronter les adeptes du repli sur soi, du populisme, de la démagogie, les colporteurs de fausses nouvelles, de désinformation, les mensonges et les promesses des bâtisseurs de carrière.

    Utilisons notre ADN provincial !

    Notre Province est solidaire,

    Engagée dans un développement soutenable, soucieuse de l’intérêt général et de sa prévalence sur les intérêts particuliers.

    Elle diffuse une culture de la tolérance et de respect.

    Vous êtes les acteurs et, en ces temps troublés, j’en éprouve une réelle fierté !

    C’est pour cela que je veux mettre cette année à profit pour que chacun se sente mieux dans son travail.

    L’enquête « bien-être » menée il y a quelques mois a démontré qu’au-delà de la qualité du travail, votre qualité de vie doit nous mobiliser.

    Nous nous y employons.

    Management bienveillant, mise en œuvre progressive du télétravail, aménagement d’espaces de travail partagés, gestion par projets, encouragement plutôt que contrôle :

    Plusieurs chantiers s’ouvrent pour renforcer la modernité de notre administration.

    Plus à l’écoute et basée sur la confiance.

    Cette évolution culturelle que j’appelle de mes vœux n’est pas incompatible avec le respect des textes légaux.

    Elle implique de la créativité et de l’ambition.

    Cela tombe bien : nous en avons beaucoup !

    La Province version 2020 n’est plus une institution menacée de disparition.

    Elle est confortée dans son positionnement et demeure, quoi qu’on en dise,

    Incontournable dans le développement culturel, touristique, éducatif, social, territorial du Hainaut.

    Nore service public est reconnu :

    C’est à chacun d’entre vous que nous le devons.

    2020 sera encore une année de turbulences.

    Portons donc haut nos valeurs et celles affirmées par ces personnes illustres que la Madeleine de Proust a réveillé en moi.

    N’est-ce pas la meilleure manière de faire triompher la raison ?

    Je vous le souhaite, ainsi qu’à vos proches, une année faite de bonheur et d’engagement.

    Le monde a besoin de sagesse et de progrès pour tourner le dos aux trop nombreux « empecheurs de vivre ensemble » "

    directeur general provincial dgp patrick melis portrait 1m4a5717