Une formation en électricité ? L’impact positif de l’IETS PS dans le milieu carcéral

    Une formation en électricité ? L’impact positif de l’IETS PS dans le milieu carcéral

    Malgré ce que l’on pourrait croire, il n’existe pas de journée-type en prison. Certains vont subir leur détention, avoir un rythme de vie décalé, trainer toute la journée sans rien faire, etc. Alors que d’autres vont continuer à être acteur, s’inscrire à des activités et garder un rythme rigoureux. Pour ces derniers, Valérie Ducat, Directrice des formations à la prison de Jamioulx tente au mieux de proposer des parcours de formation variés avec son équipe. Il tenait à cœur à l’IETS PS d’apporter son expertise en ce sens. C’est donc dans ce contexte, que depuis septembre 2021, l’établissement propose un module en électricité de base aux prisonniers.

    Il faut savoir que la (ré)insertion des détenus est une finalité très importante, notamment pour éviter la récidive. Pourtant, elle n’est pas considérée comme une priorité au vu de tout ce qui doit déjà être géré dans le milieu carcéral belge. En effet, la prison de Jamioulx par exemple, est officiellement en capacité d’accueillir 400 individus. Cependant, à l’heure de notre visite, le vendredi 25 février 2022, elle en comptait 395, près de son maximum donc. Dans ces conditions, on comprend aisément que la (ré)insertion par le suivi de formations ne soit pas développée en primeur.

    Activités au sein de la prison

    Formations

    D’après Jacques Périquet, représentant de la Commission de Surveillance, la mise en place de formations au sein des prisons a débuté dans les années nonante. Les instigateurs de ce projet partaient d’un triste constat…  Il arrivait que des personnes, détenues pendant de longues années, sortent de prison sans avoir évolué d’un iota. C’était par exemple le cas de détenus ne sachant ni lire, ni écrire en arrivant, qui en étaient au même point en repartant de la prison après une vingtaine d’années… Petit à petit donc, diverses possibilités d’apprentissage ont été instaurées.

    Emmeline Geurs, déléguée dite « intramuros » engagée par la Direction Générale des Établissements Pénitentiaires (DG EPI) du SPF Justice nous a expliqué qu’idéalement, chaque prison devrait être spécialisée dans un domaine de formations. Les prévenus seraient donc envoyés dans une prison spécifique afin d’y suivre leur cursus. Dans la réalité néanmoins, cela semble utopique. En effet, si la (ré)insertion par la formation n’est pas une priorité dans le milieu carcéral, elle ne l’est pas forcément non plus pour les détenus qui préfèrent souvent être dans une prison proche de leur lieu de vie afin de faciliter les rencontres avec leurs familles.

    Qu’à cela ne tienne ! Au sein de la prison de Jamioulx, Valérie Ducat - accompagnée de Benoît Schiltz, responsable socioculturel et de formations - fait son possible pour amener différentes solutions aux prisonniers désirant s’instruire. En effet, des formations sont proposées en matières de français, mathématiques, petite restauration, premier secours, permis de conduire, électricité de base, anglais, connaissance de base en gestion et français – langue étrangère (FLE). Les prévenus peuvent également s’inscrire à des formations en ligne via l’outil « Cell-Learning ». Il est à noter que l’accès à ces formations est totalement gratuit. Si elles durent minimum quatre heures par semaine, les détenus sont même rémunérés : 0,70€ par heure prestée. D’après Benoît Schiltz, c’est une prime d’encouragement pour leur assiduité.

    Au-delà de l’investissement de l’équipe menée par Valérie Ducat, pour pouvoir étoffer son offre, la prison s’entoure de différents partenaires : le Centre de Validation des Compétences, le Centre d’Insertion Socio-Professionnelle « Le Chantier », la Ville de Charleroi, le Programme Réinsert, le Service Éducation pour la Santé, l’Enseignement de Promotion Sociale de la Fédération Wallonie-Bruxelles et évidemment, celui de la Province de Hainaut. Cependant, vu toutes les difficultés organisationnelles, ce n’est pas la prison qui est à la recherche de formations et qui fait des demandes. Elle fonctionne plutôt via la proposition d’établissements de formations extérieurs comprenant un cursus et surtout un professeur d’accord pour donner cours dans un établissement pénitentiaire. Dans ce cas-là, la prison accepte presqu’automatiquement la mise en place des cours.

    Un cas particulier mérite d’être souligné. L’un des détenus de la prison de Jamioulx suit actuellement un cursus à l’HELMo pour devenir Ingénieur Industriel. C’est un parcours très compliqué en termes d’agencement car il n’a pas accès à internet et donc aux ressources de la Haute École. Le personnel de la prison essaie de fluidifier son accès aux informations qui lui sont nécessaires pour suivre la formation. Néanmoins, il doit apprendre les cours, seul, personne ne sait l’aider au sein de l’établissement pénitentiaire. Il n’a pas non plus accès aux travaux pratiques réalisés dans les laboratoires. Nous lui souhaitons bonne chance !

    De manière générale, Benoît Schiltz nous a expliqué que le souci était le turnover que connaissait la maison d’arrêt1 (libération, transfert…). À titre d’exemple, il y a eu nonante-quatre mutations au cours du mois dernier, c’est un quart de la population de la prison. Outre la COVID qui impose des quarantaines aux prisonniers ayant des permissions de sortie et parfois la réquisition de certains pour aller travailler au magasin de la prison, cette situation engendre des abandons.

    Animations

    D’autres types d’animations sont également organisés tels qu’un atelier d’écriture dont l’un des textes qui y a été rédigé se trouve sélectionné pour le concours « Libre d’Écrire », des rencontres de sensibilisation à une alimentation saine ou encore des tournois sportifs. À l’occasion de la Fête de la Musique en juin 2022, les détenus auront même l’occasion de participer à des ateliers de slam et de rap et enfin, d’écouter un concert.

    On s’en doute, la programmation de toutes ces activités au sein d’une prison demande un grand investissement de la part des personnes qui en ont la charge, Valérie Ducat et Benoît Schiltz en l’occurrence. Ce dernier doit se charger des contraintes organisationnelles, rassurer la direction quant aux risques possibles et sélectionner les candidats quand ils sont trop nombreux. Il provoque du mouvement dans la prison et impose également à ses collègues du travail supplémentaire. En effet, ils doivent ouvrir la porte de chaque cellule afin que les participants puissent rejoindre individuellement le point de rendez-vous pour ensuite, être conduits à la salle de formation. Ce processus prend un certain temps vu le nombre de grilles à passer. Il faut néanmoins souligner que l’avantage d’un prisonnier qui est allé en formation, c’est qu’après, il sera calme et donc plus facilement gérable. En outre, les activités permettent de préparer les détenus à leur (ré)insertion. Le premier pas est d’arriver à éveiller la curiosité des prisonniers ensuite, il faut développer leur intérêt et les garder motivés.

    Benoît Schiltz : « La programmation se fait sous forme de phases test. On tente un nouveau domaine d’activités. Si ça fonctionne, on réitère. Si ça ne fonctionne pas, on laisse tomber. En même temps, ça dépend aussi du profil des détenus. Une formation pourrait très bien fonctionner en 2022 et ne plus fonctionner en 2024. »

    Focus sur la formation proposée par l’IETS PS

    En collaboration avec le Programme Réinsert cofinancé par le Fonds Social Européen, l’IETS PS propose une unité d’enseignement de départ, à la prison de Jamioulx : celle d’électricité de base. Pour ce faire, deux professeurs, Éric Franckart et Hassan Elbartal se sont impliqués pour dispenser les cours. Aucun prérequis n’est nécessaire pour accéder à la formation. Par manque d’infrastructures adaptées, le cursus ne pouvait accueillir que six élèves à la fois. Cela n’a finalement pas été un frein. D’ailleurs, aucune publicité n’a dû être réalisée au sein de l’établissement pour que les places soient rapidement réservées.

    Le bilan de cette première expérience est positif. En effet, les personnes ayant été au bout de la formation ont toutes réussi leur évaluation. De plus, une fois validée, il est possible pour les prisonniers de capitaliser cette unité d’enseignement afin qu’ils puissent suivre les modules suivants à leur sortie. C’est apparemment l’intention d’au moins deux des participants.

    Madame Ducat tient à mettre en exergue une caractéristique particulière de la formation : son élaboration s’est réalisée à moindre coût ! Benoît Schiltz s’est arrangé pour que tout soit fait de récupération. Il a fait revenir du matériel d’autres prisons qui n’était pas forcément utilisé là-bas. Seuls, les panneaux muraux ont dû être achetés. On peut dire qu’il a fait attention à ce que ce cursus soit développé de manière durable. C’est d’ailleurs une philosophie typique du milieu carcéral. Les moyens financiers sont très réduits et souvent consacrés à d’autres dépenses « plus essentielles ». C’est un point positif à soulever d’autant plus qu’une formation technique peut rapidement se chiffrer à 10 voire 15.000€.

    Au vu de ce succès, Roberto Bruno, Directeur de l’IETS PS aimerait organiser non plus un mais deux modules dès septembre 2022. Le premier correspondrait à ce qui a déjà été organisé, le second serait sa suite. Le responsable de l’école aimerait également mettre en place d’autres collaborations telles qu’un module de conserverie qui serait lié à ce qui est déjà organisé en matière de petite restauration.

    Entre deux grilles, nous avons eu la chance de croiser un détenu ayant commencé la formation d’électricité de base. Il nous a donné son avis sur le cursus : « Malheureusement, j’ai été contraint d’arrêter la formation car les quarantaines préventives m’ont fait perdre le fil de l’apprentissage. J’envisage néanmoins de la reprendre dès ma sortie, directement à l’IETS PS. L’organisation de formations est d’un grand intérêt dans le milieu carcéral. Malheureusement, vu le turnover, il faudrait, selon moi, prévoir plus de modules et donc plus d’heures de formation en moins de temps. » En effet, ajouter de l’intensivité permettrait d’avoir un taux de présence voire de réussite plus probant. Ce prévenu nous donne également un conseil :  « Il serait intéressant de mettre à disposition des formations dans des domaines liés aux métiers en pénurie comme carreleur ou maçon. » Ce serait également un gage plus important de réinsertion réussie à l’extérieur.

    De son côté, M. Elbartal a également accepté de nous donner son ressenti à la suite de cette expérience : « En débutant le projet, je n’avais aucune appréhension. Ma seule condition était que la formation soit équivalente à ce qui est donné en cours du soir à l’IETS PS. La dynamique tant de l’organisation que de la formation en elle-même était très intéressante. D’une part, M. Schiltz s’est beaucoup investi pour que tout se passe au mieux. D’autre part, le public était très réceptif et respectueux pour ce qui était programmé à son attention. L’expérience a donc été enrichissante dans les deux sens. Je vais préparer la théorie du second module  afin que les détenus ayant réussi la première épreuve puissent en prendre connaissance et peut-être demander une valorisation de leurs connaissances pour passer directement en deuxième année à leur sortie de prison. Principal point négatif, le décrochage, parfois contraint, lié aux conditions même de la prison. Les cours se donnaient le jeudi et le vendredi, pendant vingt semaines. Il a fallu composer avec les libérations, les transferts, les quarantaines préventives par rapport à la COVID, l’absence de M. Schiltz, etc. Pendant longtemps, nous sommes restés avec un noyau dur de cinq élèves. Malheureusement, durant le dernier mois, ils se sont retrouvés à deux. Les Directeurs sont compréhensifs et essaient que les prévenus restent jusqu’à la fin du cursus mais parfois, c’est impossible. »

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    1Une maison d’arrêt est « destinée aux personnes qui ne sont pas encore condamnées et qui sont en détention préventive » (SPF Justice, 2022).