Ce 25 mars, le CEFA Wallonie picarde a accueilli Fred pour un témoignage poignant lié à la sécurité routière : « Une vie fauchée, une vie brisée ».
D’entrée de jeu, l’intervenant pose le contexte de sa venue en classe devant les élèves de 1re et 2e Auxiliaire de magasin : « vous vous levez un matin, votre journée est banale et le soir, votre vie bascule à jamais. Ça peut vous paraître vague, j’avais 17-18 ans, je me disais que ça ne m’arriverait jamais. Ça peut et ça m’est arrivé».
Fred entame ensuite le récit d’un moment de vie éprouvant qu’il n’oubliera jamais.

« Jeune, j’étais comme vous, j’avais des amis, je sortais, je pensais que l’histoire que je vais vous raconter n’arrivait qu’aux autres …
Quatre semaines avant d’avoir mon diplôme, j’ai arrêté l’école et j’ai commencé à travailler chez Lutosa. J’étais fier d’être le premier de ma bande de potes à travailler. Ensuite, avec la réussite de mon permis de conduire, c’était enfin la liberté.
Un an après avoir eu mon permis, le 31 mai 2008, une journée de 12h m’attendait au boulot. À 18h, ma journée se termine, je suis sur les rotules, et ce soir-là, j’étais invité à un anniversaire. Je décide d’y aller directement. Une soirée classique, on rigole, on boit un coup, il y avait de la musique, de l’ambiance… on se fait des petits shots…. Après on boit une petite bière ou deux… La soirée se termine, il est 3h30 - 4h du matin. Je sens que j’ai pas mal picolé mais je me sens bien, malgré les recommandations de mes amis, je décide de reprendre la voiture.
J’arrive dans ma rue, je passe devant chez un ami et il y a encore de la lumière. Je le contacte alors pour continuer la soirée. Mon ami monte dans l’auto, on écoute la musique à fond, on fait le tour du village puis on va dans la ville d’à côté…
On ne rend pas compte quand on a bu, je vous laisse imaginer le taux d’alcool dans mon sang. Je me revois rouler dans cette longue ligne droite, fatigué, mes yeux se ferment, ma tête devient plus lourde et je commence à m’endormir. Mes yeux se sont fermés et ils ne sont plus rouverts. Et là, c’est un énorme brouillard, la carrosserie froissée, l’odeur du gaz de l’airbag, je perds conscience, je n’ai pas d’idée de ce qui passe à côté de moi.
Mon ami ferme aussi les yeux, sauf qu’il ne les rouvrira plus jamais, il avait 17 ans…
Les pompiers et le SMUR arrivent sur place, on était tous les deux dans un état critique. Ils ont tout de suite su que c’était moi qu’il fallait sauver, pour l’autre occupant, il était trop tard.
Mon père a dû encaisser l’appel des secours mais je m’en suis sorti. Mais, pour mon ami, la police est venue annoncer la nouvelle à sa maman. Un voisin m’a dit : « Jamais de ma vie, je n’ai entendu un cri d’effroi comme celui-là ».
Le 1 juin matin, je venais de faucher une vie et je venais de briser la mienne.
Je suis tombé dans le coma et au réveil, c’est le noir total, aucun souvenir. Mon père m’a dit trois mots : « il est mort ». Son regard en disait long, j’ai brisé des dizaines vies.
Je savais alors que j’allais devoir faire face à tout ce qui allait m’arriver, l’accepter et comme je le fais, aujourd’hui, le partager.
J’ai du tout réapprendre, marcher, parler … et vouloir vivre … plus rien ne sera comme avant tant physiquement que psychologiquement.
J’ai dû subir les regards qui sont, bien souvent, plus puissants qu’une phrase.
Puis lors du procès au tribunal, seul, j’ai dû affronter une haie de la honte, face à 70 proches de mon ami, et supporter ce silence pesant. Ma condamnation était une broutille : amendes, retrait de permis et prison avec sursis mais pour la famille de mon ami, aucune peine ne pourra jamais soulager leur douleur.
Et les années n’effacent rien. J’ai perdu beaucoup de gens autour de moi après ce drame. Il me reste aujourd’hui ma famille et deux amis qui m’ont aidé à me reconstruire. Le chemin de la reconstruction a été très compliqué ».

Pour finir son témoignage, Fred insiste auprès des jeunes pour les sensibiliser : « Vous êtes jeunes, vous êtes libres, ne jouez pas avec la route, ne jouez pas avec les vies », ce ne sont pas des phrases bateau. Appelez quelqu’un quand vous avez bu, ne prenez pas la route dans cet état ».
Ça n’arrive pas qu’aux autres !



