IESPP Tournai : une immersion dans l’univers carcéral pour les Agents d’éducation

« 9m² », c’est l’escape game imaginé par Picardie Laïque. Les élèves de 6e Agent d’éducation de l’IESPP l’ont testé, ce 4 mars, en ressentant, de l’intérieur d’une cellule de prison, l’enfermement et les conditions de vie d’un détenu.

Gil Colmant, animateur à Picardie Laïque, explique aux élèves que ce n’est pas un simple jeu mais une aventure captivante : « On a recréé une véritable cellule de prison sous forme d’expérience immersive. 9 m², aucun confort, du vrai mobilier de la prison de Mons et une promiscuité dérangeante pour vous plonger dans la peau de détenus, menottés les uns aux autres. Votre but : trouver des indices pour sortir de cellule. On reviendra ensuite sur votre ressenti, et comment on ressort de cette vie carcérale, en tant qu’être humain, après 10 ou 20 ans en prison dans ces conditions».

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Les deux équipes de l’IESPP ont réussi à sortir de la cellule endéans les 20 minutes, et avec l’aide du gardien de prison, toujours plus oppressant au fur et à mesure du temps qui s’écoulait.

Expliquer l’univers carcéral, débattre sur le fonctionnement du système, les risques de récidives, … telle est la mission de sensibilisation de Picardie Laïque.

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Cassandra Javanovic, stagiaire animatrice à Picardie Laïque, a pris en charge une équipe tant que l’autre testait l’escape game « 9m² ».  

« Au cachot, on est isolé 24h/24h, on a même pas le droit au préau. Aucun gardien ne vient quand on appelle. Et on ne peut plus tirer la chasse des toilettes car certains, pour attirer l’attention des gardiens, avaient trouvé le moyen de les faire venir en bouchant la toilette et en la faisant déborder pour inonder la cellule. Imaginez-vous être enfermés dans ces conditions !  La dignité humaine en prend un coup ».

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Comment va ressortir le détenu? Qu’est-ce que la récidive? Quelles alternatives à trouver ? Est-ce qu’on parle de resociabilisation, du suivi psychologique des détenus ? Quelle peine maximale pour des détenus comme Marc Dutroux ? Quel es le profil type d’un détenu… tant de questions abordées à l’issue de l’escape game.

Lilou Foucart, élève en 6e Agent d’éducation revient sur son ressenti à la sortie de l’escape game : « On n’avait pas trop de place, on était tous menottés. C’était super angoissant car l’espace était très petit, la toilette toute proche de l’évier et du lit, j’avais l’impression d’être un animal en cage ! Mais en cherchant, on a trouvé une clef et on a su enlever nos menottes puis d’autres indices nous ont permis de sortir de cette cellule exiguë. Je n’imaginais pas que c’était comme ça ! Je pensais que c’était plus grand, que les repas se prenaient dans une cantine extérieure, qu’on n’était pas autant dans une cellule ou encore qu’au niveau des technologies, on avait des téléphones, des consoles, … c’est sale aussi ! C’était une chouette expérience mais si on était vraiment dans la cellule, ça ne serait pas la même chose ».

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C’est au cœur d’une exposition que s’est poursuivi le débat avec les jeunes en revenant sur d’autres thèmes comme les conditions inhumaines de détention, le manque d’effectifs en prison, les frustrations quotidiennes, le peu d’accès aux soins, les visites familiales, les procédures administratives, la réinsertion … 

Pauline Stéphany, élève en 6e Agent d’Éducation a trouvé cette activité très intéressante : « C’était bien organisé, ils avaient mis tout ce qu’on peut retrouver dans une cellule, ça ouvre les yeux ! On voyait que la cellule n’était pas nettoyée, que les détenus lavent leurs vêtements dans le lavabo, qu’il n’y a aucune intimité pour aller aux toilettes. Ceux qui sont punis pour vols ou des petits délits de drogue ne méritent pas d’être enfermés comme ça. Pour ma part, je n’ai pas ressenti l’enfermement, on a plus rigolé en groupe, mais si on devait être vraiment enfermé 24h en cellule, je péterai un câble. Il n’y a pas de fenêtre, on ne sait pas quand il fait jour ou nuit, on n’a pas beaucoup d’aide, c’est chacun pour soi. Cet escape game et le débat nous ont appris la réalité des choses et nous y seront peut-être confrontés dans notre futur métier d’éducateur ».